Voici le texte que j’ai écrit en octobre 2024 dans le cadre d’un devoir d’écriture avec l’incitation « écrire la chose, écrire son regard ».
Je suis à côté de toi et je te vois.
Je te vois car tu es enraciné là.
Alors que je suis loin de toi, je te vois.
Je te vois car je te sais là, ancré en moi. Tu ne bougeras pas.
Je te vois car tu es encore bien là, malgré ton grand âge et les champignons qui rongent ton bois.
Je te vois aussi car j’ai besoin de toi. De ta force, de ta présence familière qui me plaisent et me servent de guide. Intimement. Étrangement.
Plus qu’une simple chose plantée là, tu es bien vivant. Et je te regarde.
Pas un jour sans que je t’admire, toi le géant. D’abord, ton tronc doucement rugueux, fait de lignes verticales bien creusées, si impressionnant qu’un grand humain ne peut l’entourer de ses grands bras. Et ton envergure, démesurée pour un arbre de ton espèce. Tes charpentières enduites de mousse sont robustes ; tes branches sont solides et dansantes, elles contrastent avec tes feuilles fines et légères, d’un vert clair discret. Tout cela te donne une forme unique et dynamique. Contorsionniste, tu sembles prêt à embrasser le ciel.
Imposant et généreux, tu veilles sur nous et notre maison. Tu t’es laissé escalader par nos enfants tel un grand-père malicieux et aimant. Tu as abrité notre chatte adorée pour ses siestes paresseuses, elle est aujourd’hui enterrée à tes pieds.Tu nous prêtes une branche et un peu d’ombre pour nous assoupir dans le hamac. Et quand l’envie t’en prend, tu nous offres tes fruits ; mais à présent, tu ralentis, c’est avec parcimonie.
Toujours positif et joyeux, tu es le premier à fleurir au jardin à la fin de l’hiver, nous donnant chaque année l’espoir du retour du printemps. Ta floraison est alors si délicate, blanche et éphémère, que je te devine sensible et amoureux de la vie. La pluie battante ne te démoralise pas, le vent par rafales ne t’impressionne pas, il fait plutôt chanter ton feuillage alorsfrémissant. Les éléments ne te déstabilisent pas. Tu respires et absorbes la lumière éclatante du soleil, du levant au couchant. Élégant, le gris du ciel te va bien, le bleu aussi. Coquet, tu changes de couleur au fil des journées et au gré des saisons. Vert, marron, blanc, jaune, orange, rouge, mauve ou noir, tu es toujours fier et bien apprêté.
Artiste à tes heures ensoleillées, tu projettes ton ombre sur le mur de la maison, telle une gravure éphémère et délicate.Partageur, tu accueilles dans tes feuillages tous les oiseaux de passage, pressés, gourmands, amoureux. Philosophe, tu nous donnes une belle leçon d’humilité et de détermination, pour peu qu’on y pense un peu ; nous rendrais-tu plus observateurs, moins pressés, plus intelligents ? En tout cas, je me sens bienet à ma place, à l’ombre de toi.
Aujourd’hui, mon amandier n’est plus, abattu en avril car il menaçait de tomber, ses racines atteintes par un champignon ne le maintenant plus solidement dans le sol. Cette série photographique silencieuse lui rend hommage : je l’ai réalisée au printemps pour un devoir de photographie sur l’incitation « transfigurer le banal ». Cet arbre faisait partie du décor mais était bien plus que cela.





🧡🥲
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